
Si j'avais de la chair fraiche de malheur, je ne vous la donnerais pas.
Il y eut autrefois des épisodes, la pudeur m'empêche de vous les raconter, en faire une histoire équivaudrait à les éxagérer.
On peut être doué pour le malheur, je ne le suis pas.
Est-ce dû à un système d'indifference, à un dispositif ironique....
J'aurais aimé être davantage malheureux(se) pour qu'enfin le monde soit réel, pour éprouver un sentiment d'exister plus aigu. Mais je ne me suis jamais trouvé dans un état de malheur pur.
J'espère un jour souffrir beaucoup, aller plus loin.
Je n'ai pas encore rencontré mon histoire.
(Texte: Sophie Calle/ Photo: new-york)

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